Six ans après les débuts, on comptait déjà 28 Religieuses, cela avant même la construction du Monastère. En 1658 elles étaient 83, dont 64 Professes. Le maximum est de 87 (en 1666 et 1679). De 1686 à 1715, on constate une légère diminution, le nombre se stabilisant autour de 60. De 1738 à 1753 le chiffre tombe de 63 à 34, pour remonter à 39 en 1786. Au total, 213 Ursulines ont fait partie du monastère de Saint-Denis.

La plupart des Sœurs Choristes et Converses venaient de Paris et de la région parisienne, mais un petit nombre venait de plus loin: de Champagne, de Normandie, de Bretagne, d’Alsace, d’Auvergne. Très exceptionnelles étaient les deux sœurs nées à Madrid mais de père français (en 1751 et 1753) et une Irlandaise (en 1763). L’origine sociale des sœurs était généralement modeste, paysanne ou artisanale; certaines, en particulier aux débuts et vers la fin de l’existence du Monastère, venaient de familles marchandes et bourgeoises; dix seulement étaient qualifiées de filles de « noble homme ». La plupart des Choristes arrivaient au Monastère, généralement avec le consentement de leurs parents, entre l’âge de 15 et 20 ans, quelques-unes plus tardivement.

Selon les Constitutions, les jeunes filles désireuses d’entrer en la compagnie des Religieuses devaient demeurer trois mois en habit séculier et modeste. La durée du postulat a été porté à un et même à deux ans pour les Sœurs Converses, et à six mois au moins pour les Choristes. « Après lequel temps, si l’on est satisfait de leur conviction », elles reçoivent « le saint habit de la Religion », mais en aucun cas avant l’âge de 15 ans. Suivent deux ans de Noviciat « au premier desquels elles seront éprouvées, particulièrement en ce qui est des exercices de la Religion, et au second de ce qui est de l’Institut ». La Novice s’initie ou se perfectionne dans la pratique de l’Oraison et des vertus solides: mortification, régularité, pauvreté, simplicité, humilité, charité. Toutes ne résistent pas à ces épreuves : sur 67 postulantes Choristes reçues entre 1708 et 1784, 48 seulement font profession. Les Novices admises par un vote du Chapitre à la Profession, sont examinées par le Confesseur, le Visiteur, le Supérieur de la Maison, ou un des curés de Saint-Denis « député de Monseigneur l’Archevêque de Paris pour cet examen ». Certains des procès-verbaux de ces examens contiennent des observations personnelles qui nous en disent long sur la motivation des candidates. A titre d’exemple, de la période 1708 à 1715, la candidature de la Sœur Marie Rousseau dite de Saint Pierre, âgée de 17 ans: « … j’ai connu que Dieu lui a donné depuis quelques années un désir très ardent de se consacrer à lui dans la vie religieuse et que la Providence l’ayant conduite dans cette Maison elle a demandé qu’on lui fît la grâce de lui donner le Saint Habit … qu’elle a suivi depuis ce temps les observances que le Règle demande des Religieuses, qu’elle s’est appliquée à l’instruction des pauvres filles et à l’éducation des pensionnaires qui vivent dans la maison, qu’elle n’a trouvé aucune difficulté dans ces exercices, qu’on lui a fait connaître à quoi l’engagent les Vœux qu’elle doit faire, qu’elle en comprend les conséquences, qu’elle en connaît les difficultés et qu’elle désire s’y engager avec ardeur, et qu’elle espère avec la grâce de Dieu surmonter les difficultés qui pourraient se présenter ».

Certaines postulantes, à leur arrivée, ne savaient pas écrire. L’instruction des Choristes est souvent celle que dispense le Couvent lui-même. D’autres Novices avaient été éduquées dans des maisons d’Ordres différentes. Les Constitutions des Ursulines précisent que, les deux derniers mois, « … les Novices soient retirées d’autres préoccupations, pour employer tout ce temps à s’y préparer avec plus de ferveur et de soin par les exercices qui leur seront prescrits ». Ces exercices sont divisés en trois parties: « La première partie contient quatre semaines, en trois desquelles on médite les trois voeux de pauvreté, de chasteté et d’obédience; la quatrième est dite la semaine de la charité, pace qu’on s’y occupe sur cette vertu …. Et que l’on y médite la fin et l’institut principal des Ursulines, qui est leur quatrième vœu, d’instruire les petites filles. La seconde partie consiste en l’emploi de douze jours ou environ, en la méditation attentive de la Passion de Notre Seigneur … La troisième partie est une retraite de huit jours immédiatement avant la profession » (Directoire des Novices).

Les Registres, qui traitent principalement du gouvernement du Monastère et de la conduite des affaires quotidiennes, ne nous informent pas en détail sur les rites et cérémonies religieuses du Couvent, qui étaient sans doute conformes aux pratiques de l’église catholique. Ici et là, cependant, on trouve la mention de quelque événement particulier, en particulier en rapport avec des élections: en 1787, par exemple, à l’occasion de l’installation pour la seconde fois comme Mère Supérieure de la Sœur Marie-Thérèse Bazin de Saint-Joseph: « … l’on a chanté le Te Deum au chœur pendant lequel sont venues les unes après les autres, lui rendre leurs soumissions et reconnaissances… ». Nous lisons ailleurs que, en 1710, les Ursulines « veillent à introduire le plain chant dans la messe conventuelle ». Les biographies de plusieurs Religieuses mentionnent qu’une telle avait « une très bonne voix qui soutenait beaucoup notre chœur durant l’Office divin ».

Il ne faut jamais oublier que, selon les Constitutions, « le but et la fin principale des Ursulines » est « l’instruction des petites filles séculières en la piété chrétienne, et ès moeurs convenables à leur sexe ». Le quatrième Vœu des Ursulines engageait à instruire non seulement les pensionnaires, mais aussi les jeunes filles externes. En 1791, sous la menace de fermeture, les Ursulines se présentent au comité ecclésiastique comme « chargées de l’éducation gratuite des jeunes personnes » et remplissant « un service public gratuit »; elles demandent d’être maintenue chez elles « si on ne veut pas voir cesser tout à coup l’éducation des pauvres filles de Saint-Denis ». Toujours selon les Constitutions, « … le lieu destiné pour les classes des externes sera séparé de la demeure des Religieuses, dans lesquelles les pensionnaires pourront entrer durant le tems que les dites externes y seront ». L’école aurait été ainsi située dans la cour extérieure, à droite du grand portail et donnant sur la rue. Il semble que les externes étaient plus nombreuses que les pensionnaires. L’instruction était identique pour tous: « en ce qui touche la doctrine chrétienne et la piété … on leur apprendra encore autant que faire se pourra à lire, écrire et même à travailler à quelques ouvrages… ». L’éducation était élémentaire et collective. Certaines mesures ont été prises en vue du grand nombre des écolières : « … on divisera chaque classe en plusieurs bandes, en mettant dix ou plus à chacune, sur laquelle on établira une ou deux des plus sages, et plus sçavantes qui seront appelées Dixainières ». Dans les premières années du Pensionnat, les élèves externes ne restaient en général qu’un an ou deux; plus tard, quatre ans, voire plus, devient la norme. En tout cas, la limite d’âge était de 18 ans.

Le Catalogue de la Bibliothèque du Couvent, dont les 1119 cartes représentant 1769 volumes sont aujourd’hui conservées à la Bibliothèque de l’Arsenal, révèlent une richesse d’instruction et d’enseignement qui va au-delà de la Doctrine Chrétienne. Classées par ordre alphabétique des noms d’auteur, et par sujet, nous y trouvons quatre grandes catégories : théologie, histoire, jurisprudence, Science et Arts. De nombreux livres de catéchisme, bien sûr, mais aussi de latin, de géographie, d’histoire, y compris l’histoire locale. Certaines œuvres de Boileau, de Pascal, de Corneille, de Racine aussi. Le but n’était cependant point de former des « femmes savantes », mais plutôt de former les futures maîtresses de maison que la majorité des élèves allaient devenir; elles passaient de longues heures à apprendre à « bien faire une couture, et un ourlet » ou bien à « marquer sur le canevas et sur la toile », même à « faire de la tapisserie à point compté ». Elles apprenaient aussi à faire « des fleurs de point de brodeur, de la broderie d’or et d’argent ». Les plus adroites arrivaient à faire des « passemens au fuseau, du point de France, d’Angleterre … et autres ouvrages qui sont en usage dans le païs… ».

A Saint-Denis, les Pensionnaires ne portaient pas d’uniforme. Elles devaient simplement s’habiller « avec la modestie et bien-séance convenable … sans choses vaines ou superflues ». Leur emploi du temps était réglé comme une montre: avant deux heures il fallait « ranger les ouvrages pour aller aux Vêpres, suivies du goûter et d’un quart d’heure de Catéchisme, mais à 3h15 ce sera de nouveau l’ouvrage manuel jusqu’à la récréation de 4h. A l’heure du Catéchisme, la maîtresse fait le signe de la Croix, et les pensionnaires aussi… « . A 5h, le souper sonne et les pensionnaires se rendent à la salle « où toutes prennent leur repas ensemble mais séparées en autant de tables qu’il y aura de classes ». A 7h, remontées en classe, les élèves « se tournent vers l’autel fermé, en forme d’une grande armoire », qu’on ouvre pour la prière du soir.

A la base de toutes ces activités d’éducation et de gouvernance du Monastère était, bien entendu, une intense foi religieuse. De la Mère Supérieure Elisabeth Guyot de Saint Jean-Baptiste, qui gouverna 19 ans le Monastère, nous lisons qu’elle surmontait tous les obstacles « par son industrie et sa vigilance, mais incomparablement plus par sa foy et sa confiance en Dieu ».

(Renseignements extraits de la thèse d’A. Murat)